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Le vin de messe doit être sans additif

Définition : Vin de messe

Encyclopédie de la Vigne, du Vin et des Alcools

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Si le vin a une dimension religieuse pour les juifs, aucune religion monothéiste ne lui accorde un caractère plus sacré que la religion catholique romaine. Le vin de messe est celui qui est utilisé à fins sacramentelles. L’eucharistie réclame du vin et rien d’autre. Aucune autre boisson, si agréable soit-elle, n’est acceptée. Ce vin doit être pur, naturel, sans aucune adjonction pour ne pas corrompre le fruit de la vigne, un vin du genre biologique.

Le vin de messe est-il un vin particulier? Oui et non. Le règlement sur le vin de messe prévoit qu’il doit provenir de raisins fermentés sans ajout de sucre (chaptalisation) et sans suppléments qui ne seraient pas autorisés par la loi. En général, les producteurs comme les fournisseurs de vin de messe sont assermentés. Autrefois, le vin de messe était surtout rouge, aujourd’hui ce n’est quasi exclusivement que du vin blanc. Les vins à haute teneur en alcool comme le sherry, le porto ou les vins doux naturels et même les vins liquoreux sont très appréciés. En 1896, la Sacrée Congrégation a cependant autorisé l’adjonction d’alcool de vin, à la demande de nombreux missionnaires (Brésil, Chine, Afrique, etc.), soucieuse de mieux conserver leur vin de messe (à condition que l’assemblage fortifié ne dépasse pas 18° d’alcool). Quant à l’eau, l’adjonction doit être minime.

Dans les églises protestantes, par égard pour les enfants et les alcooliques, on utilise aussi du jus de raisin. En 1974, l’église catholique a autorisé cette pratique pour les prêtres ayant subi une cure de désintoxication, puis elle s’est rétractée en 1983.

Le vin de messe a joué un grand rôle dans le développement de la viticulture mondiale. Les premiers vins furent élaborés par des missionnaires pour l’eucharistie en Amérique du Nord et du Sud. (…) Élaboré à 10 – 11% d’alcool pour le rendre léger, sans aucun produit chimique ni adjonction modifiant sa saveur, (…)

(…)

Le vin devint chrétien au début du Ier siècle apr. J.-C., et les différents ordres monastiques contribuèrent beaucoup à sa diffusion. Le vin de messe est par conséquent à l’origine de nombreux grands vignobles en Europe, particulièrement en France, mais aussi en Suisse.

Au début du IVe siècle, l’empereur Constantin reconnaît officiellement la religion chrétienne. Son culte va favoriser la diffusion de la vigne, connue en Gaule depuis les conquêtes romaines. Ce développement coïncide avec l’implantation des monastères et des grands ordres religieux, cisterciens en Languedoc, bénédictins à la frontière allemande et dans le Sud-Ouest.

Le besoin de vin de messe favorisa la plantation de vignes dans les meilleurs terroirs. Dès le XIIe siècle, le vin français devint un produit d’exportation, dont les principaux clients étaient l’Angleterre, les Flandres, les pays germaniques. Son élaboration fut surveillée dès cette époque et en 1395, Philippe Le Hardi prit des mesures pour en défendre la qualité. Les besoins sont immenses. Jusqu’au XIIIe siècle, tous les fidèles présents à une messe doivent boire le vin, relayés par les pèlerins en route vers Compostelle. Ils contribuent à la renommée de vins rouges, charpentés comme le Madiran ou le Cahors qui, sous le règne du tsar Pierre Le Grand séduisit également l’église orthodoxe qui l’adopta à son tour comme vin de messe (encore en usage aujourd’hui: 1 million de bouteilles pour 18’000 églises russes, importées directement du Lot). Le vin devient la boisson par excellence des Chrétiens: les historiens estiment la consommation des ecclésiastiques carolingiens à un litre et demi par jour et par personne !

De nombreux vins ont gardé en leur nom (ermitage, abbaye, clos, prieuré etc.) de même, des vignobles célèbres du Nouveau Monde sont nés du besoin des colons en vins de messe. Juste retour des choses, la Napa Valley en Californie est l’une des premières sources d’approvisionnement de l’église pour ses vins légers aux teintes dorées, proches du Sauternes.

Signalons encore cette anecdote: le cardinal de Bernis, ambassadeur de Louis XV auprès du pape, exigeait toujours que son vin de messe fût un bon Meursault. Il justifiait cette exigence en affirmant qu’il ne voulait pas que le Créateur le vît faire la grimace au moment de la communion.

 

Source : http://www.cavesa.ch

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